Résonances de l’ouvrage Plouc Pride, de Valérie Jousseaume, avec les actions d’Accueil Paysan

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Silas vous propose de découvrir Plouc Pride, publié en 2021 et sélectionné pour le prix du livre de géographie des lycéens et étudiants 2022

Essai livre Plouc Pride Valéroe Jousseaume vision sur l'avenir des campagnes et de la ruralité

Plouc Pride, publié en 2021 et sélectionné pour le prix du livre de géographie des lycéens et étudiants 2022, réussit, dès son intitulé, à attirer la curiosité et nous plonge rapidement dans les réflexions de Valérie Jousseaume. Cette chercheuse en géographie dépasse largement sa discipline pour aborder les grandes questions politiques, historiques, philosophiques autour de notre rapport à la ruralité. La nouvelle place des “campagnes” dans le débat public et les aspirations individuelles depuis la pandémie de Covid est une opportunité pour prendre du recul sur les multiples significations et représentations que nous attribuons aux “campagnes”. 

Les éléments théoriques apportés par cet ouvrage éclaire, valorise et justifie la palette des actions mises en œuvre par le réseau Accueil Paysan. Si la théorie est cruciale pour motiver la pratique, les actions concrètes sont essentielles pour donner corps aux théories et réflexions transversales. Je m’intéresse ici aux traits saillants de “Plouc Pride” puis aux résonnances avec le travail mené par Accueil Paysan. 

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Théories nourrissantes délivrées par V. Jousseaume et…

Valérie Jousseaume s’attelle notamment à déconstruire les préjugés sur la ruralité, elle revient sur les nombreuses définitions, concepts de “la campagne”. Pour elle, la difficulté à avoir un discours sur la ruralité est le fruit d’une absence de définition précise et surtout de définitions construites en miroir des villes. La campagne n’est pas simplement du non-urbain mais existe en tant que telle. Les densités humaines, les densités de services ne sont bien sûr par comparables à l’espace urbain mais les populations vivant à la campagne s’identifient comme des populations rurales, appartenant à la campagne. De plus, d’un point de vue social la campagne se caractérise par une surreprésentation des classes populaires. 

Valérie Jousseaume rappelle que la ruralité a et a toujours eu une place centrale dans l’organisation de nos sociétés. 30% de la population française vit dans la ruralité. Selon l’Insee, 88% des communes françaises sont rurales. L’espace rural est dynamique démographiquement et conserve un poids politique, culturel et symbolique important. On note par exemple que la ruralité, peut selon un rapport de France Stratégie, être facteur de développement économique pour les villes et réciproquement : “Nantes et Rennes sont tout autant soutenues par la remarquable dynamique des territoires ruraux qui les entourent qu’elles ne les soutiennent elles-mêmes”. 

La ruralité peut profiter d’immenses opportunités contemporaines que sont le “tourisme rural, le désir résidentiel, ou le numérique. Elle est enfin un “refuge”, un ressort face au déraillement actuel de la modernité c’est à dire de l’époque moderne, celle de l’individualisation, de l’ultra-mobilité, des rythmes de vie effrénés. 

Pendant trop longtemps la ruralité a été dépeinte comme anti-moderne. Si la modernité a pour “valeur positive le progrès”, la paysannerie est donc “jugée conservatrice”. La modernité se “veut rationnelle et scientifique”, la paysannerie est donc “raillée pour ses superstitions, sa religiosité ou ses médecines traditionnelles”. La modernité “aime l’ordre et l’organisation : les communs sont décrits comme une ineptie économique”. 

Mais face aux multiples crises que l’époque moderne connaît, face à l’épuisement des ressources, aux “échecs des croyances néolibérales”, aux effets pervers du marché et de la concurrence mondiale, les “exclus de l’ancienne modernité”, les “ploucs” peuvent construire un autre récit sur l’avenir de nos sociétés. 

 

…mises en pratique par Accueil Paysan

Dans la crise multi-dimensionnelle du désordre moderne, Accueil Paysan et ses partenaires apportent des réponses concrètes et posent les premières pierres du nouveau monde.

Accueil paysan propose d’abord une autre vision du métier d’agriculteur, celle du “Paysan Accueillant Aménageur”  qui regroupe la fonction nourricière, la fonction d’accueil et médiation, la fonction d’aménagement de l’espace et de la valorisation du patrimoine. Cette approche permet de lutter contre la substitution de la dualité ville/campagne par la dualité urbain/nature qui exclut la dimension anthropique de la nature et la dimension naturelle de l’Homme. L’horizon d’une nature “musée”, surprotégée, à côté d’activités de production et de pure extraction des ressources de la terre doivent à tout prix être évités. La dialogue entre l’Homme et la nature est au cœur de la vie rurale qui “présente une possibilité de vie sociale, au cœur et en interaction permanente avec la nature, en pensant l’homme dans et avec la nature”. 

Cette illusion naturaliste est parfois renforcée par le tourisme qui cherche à enfermer la campagne dans des cadres bucoliques et enfermée dans une vision passéiste. Pourtant une part importante des activités touristiques contemporaines sont par essence anti-moderne. Les voyageurs cherchent perpétuellement la possibilité de sortir de la vie moderne. On cherche à se retrouver en famille, autour d’un feu, d’un barbecue, de bons repas, on cherche à (re)faire du lien social, à retrouver une vie simple, à se reconnecter avec les rythmes naturels. Accueil Paysan joue et jouera pleinement son rôle dans ce nouveau tourisme.

Enfin, Accueil Paysan démontre au quotidien la complémentarité des villes par rapport aux campagnes et réciproquement. Les campagnes ont et auront besoin des urbains, des jeunes diplômés, du capital économique des centres urbains, des inventeurs et ingénieurs souhaitant rebâtir ce nouveau monde écologique et solidaire. Alors que l’alimentation crée en laboratoire dans de hauts immeubles n’est pas encore une réalité tangible, les campagnes offrent une possibilité de retrouver une relation saine avec son alimentation, son environnement, le temps, les saisons, la matérialité de nos existences. 

Valérie Jousseaume explique que ce partenariat villes-campagnes est même inévitable pour sortir de l'ère de la modernité : “les espaces ruraux ont besoin de populations biculturelles, de personnes en connivence avec les problématiques rurales, en résonance avec leurs héritages, en empathie avec les catégories sociales populaires (...) et qui, en même temps, partagent l’idéal de la transition”. Accueil Paysan, comme Wwoof France et beaucoup d’autres organisations, peuvent souder une large alliance allant des “ruraux héritiers de la paysannerie”, des “ruraux modernisés” et des “ruraux bo-pro” (les trentenaires critiques de la modernité). Les différents adhérents, lieux du réseau Accueil Paysan sont une illustration même de l’alliance entre personnes d’horizons professionnels et sociaux différents mais partageant tous les valeurs rurales et écologiques. 

Enfin, Accueil Paysan répond à des enjeux très nouveaux que sont la crise de la santé mentale touchant notamment les jeunes générations ou le phénomène de “mort sociale”

Le modèle social favorisant la compétition généralisée et la relation intéressée ou marchande pour seul modèle relationnel promeut une véritable culture de l'égoïsme, une séparation qui satisfait de moins en moins le besoin de rencontre et de continuité. V. Jousseaume reprend les travaux de Lionel Naccache (neurologue, professeur de médecine en physiologie et membre du comité national d’éthique) qui pointe la similitude entre problèmes neuronales et sociaux : hyper-connectivité, hyper-similitude et appauvrissement du contenu des échanges sociaux. Les lieux Accueil Paysan peuvent répondre à ces maux, à l’hyper-connectivité, en replongeant l’individu dans la matérialité de nos existences, dans notre lien avec les animaux, le vivant, la terre, à l’hyper similitude, en offrant des lieux très différents avec des systèmes de production variés, des personnes aux parcours de vie multiples. 

Avec son volet Accueil social, le plus développé d’ailleurs, Accueil Paysan Ille et Vilaine répond à un risque identifié par V. Jousseaume, celui de limiter les ambitions contemporaines de l'aménagement du territoire (tourisme, hébergement, loisirs) aux “classes solvables”. L’enjeu est d’intégrer “la moitié des Français qui ne partent pas en vacances, d’inclure à la pensée politique les 15% de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté, toutes les classes populaires et moyennes qui fondent l’essentiel de la population rurale”. En s’adressant aux seniors, aux personnes en situation de handicap, aux enfants et adolescents issues de milieux sociaux et familiaux en difficulté, aux personnes isolées socialement, Accueil Paysan Ille et Vilaine participe à la solidarité, à l’épanouissement individuel et collectif à travers la ruralité. La solution à la crise de notre civilisation ne viendra pas de son épicentre, mais de ses marges. 

 

Auteur de cet article...

Propos recueillis et intégrés par Diane Gaillard, responsable de communication.
Accueil Paysan est un réseau associatif, les adhérent·es se mobilisent pour écrire les articles de la rubrique actus. Ainsi, cet article a été rédigé par...

Silas Chausse Meynard, chargé d’animation territoriale (en service civique) chez Accueil Paysan 35.


Couverture : Emission de présentation de l'ouvrage de Valérie Jousseaume par @BackToEarth sur Youtube. A écouter en complément de cet article.