Pédale Rurale, un film sur la visibilité des personnes queer dans les campagnes
Sortie en mars 2026, le film documentaire Pédale Rurale d’Antoine Vazquez témoigne des existences des personnes LGBTQIA+ en milieu rural.
Article parut dans Transrural Initiatives n°512 de Avril-Juin.
Les rencontres nationales d’Accueil paysan se sont tenues les 8 et 9 décembre dernier à Grans (Bouches-du-Rhône). Il y a été question des liens entre paysans et citoyen-nes.
Une centaine de paysan·nes ont répondu présent en décembre 2025 dans les Bouches-du-Rhône à l'appel de la fédération nationale Accueil paysan. Comme à l’occasion de chaque assemblée générale, ces rencontres explorent une thématique. Il s’agit cette année du lien entre monde agricole et société. Des acteurs locaux sont venus témoigner, membres du réseau InPact mais pas seulement. Le parc naturel régional des Alpilles est représenté, ainsi que la caisse d’alimentation de Cadenet dans le Vaucluse. Parmi les participant·es à la table ronde, tout le monde s’accorde sur le fait que les liens entre paysan·nes et autres citoyen·nes sont à renouer. La France a perdu son tissu de paysan·nes et aujourd’hui la plupart des gens n’ont plus de lien familial avec ce monde-là. Le nombre de fermes s’érodant encore, les agriculteurs et agricultrices ne sont plus aussi présent·es dans les villages qu’il y a quelques dizaines d’années.
À cela s’ajoute une rupture entre ville et campagne, la ville étant un lieu de concentration des populations, des moyens économiques et du pouvoir et les campagnes des lieux de moindre importance, voire de relégation, sur lesquels pèse un regard qui reste souvent condescendant. Le monde agricole a connu de grandes saignées, il a souffert pour s’adapter à la modernité, rappelle Joël, bénévole à Terre de liens, et maintenant la société lui dit quoi faire. Ce dialogue est condamné à l’échec si les deux mondes ne se rencontrent pas. Martine est membre des Amis d’Accueil paysan, petite association adossée à la fédération nationale et qui réunit non pas des accueillant·es mais des personnes accueillies. Elle témoigne de la volonté des Amis d’aider le monde paysan et la société à mieux se comprendre à travers une meilleure connaissance par les publics urbains ou non-agricoles des réalités vécues par les agriculteur·ices. Les AMAP (Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne) sont un autre de ces endroits où le public a l’occasion de découvrir le monde agricole et les contraintes de la production. Clément, salarié des Paniers marseillais, rappelle que cette compréhension est indispensable pour que les mangeurs et mangeuses soient solidaires de celles et ceux qui les nourrissent.
Cette solidarité se traduit par exemple en chantiers ponctuels sur les fermes, pour réparer les conséquences d’un événement climatique ou dépolluer une terre. Le réseau des AMAP locales a soutenu la création de Brigades paysannes solidaires qui offre une aide bénévole au coup par coup (le bénévolat ne peut pas faire partie du modèle économique de la ferme). Au-delà des productions, achetées à l’avance à un prix entendu avec les paysan·nes, les amapien·nes sont disponibles pour un coup de main ou pour monter une cagnotte. Bénédicte, de Solidarité Paysans, rend compte du rôle croissant des personnes hors milieu agricole dans l’association. Reposant originellement sur des paysan·nes ayant connu des difficultés, celle-ci accueille de plus en plus de bénévoles qui n’ont pas ce profil. Elle organise parfois des chantiers sur les fermes en cas de coup dur et fait appel à des financements participatifs qui permettent à un public large de témoigner sa solidarité pour le monde agricole. C’est aussi en mobilisant une épargne citoyenne, attachée à la vocation nourricière des terres, que Terre de liens acquiert des fermes louées ensuite à des personnes qui s’installent en agroécologie. Cette action emblématique pèse toutefois peu face à la disparition des fermes et Joël met surtout en avant le rôle de l’association dans le parcours d’installation et ses missions de plaidoyer pour la protection des terres agricoles. Lors de la campagne des municipales, Terre de liens a choisi de montrer tout ce que peuvent les exécutifs locaux pour préserver la souveraineté alimentaire de leur territoire (voir dossier TRI N°511).
Si les citoyen·nes s’engagent, c’est en raison de leur conscience très forte de la dépendance de l’ensemble de la société à l’agriculture. Basile, du parc naturel régional (PNR) des Alpilles, rappelle le rôle essentiel de l’élevage et de la culture de l’olivier pour façonner les paysages de la région. Tandis que François, de la fédération régionale des Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (Civam), décrit les actions menées sur l’accueil par le réseau Racines avec Accueil paysan. Qu’il s’agisse de découverte (avec le tourisme, l’opération « De ferme en ferme » et l’accueil pédagogique) ou d’accueil social, la ferme est un espace d’échanges et de ressourcement que les paysan·nes ouvrent à la société. Mais la dépendance est réciproque et elle est mal vécue quand d’un côté les paysan·nes ont du mal à vivre de leur métier et de l’autre beaucoup de gens n’ont pas les moyens de se nourrir sainement. Une alliance s’impose alors pour sortir du goulot d’étranglement que décrit Amandine de la caisse de Cadenet : en France 500 000 agriculteur·ices vendent leurs produits à 314 entreprises de transformation, lesquelles fournissent quatre centrales d’achat qui tiennent 92 % du marché alimentaire. Pour bousculer ce rapport de pouvoir et repenser le système alimentaire, producteur·ices et consommateur·ices doivent agir ensemble.
Les Civam ont ainsi travaillé avec des associations de solidarité alors que ces mondes étaient il y a quelques années encore séparés. Le conventionnement est l’une des formes de cette alliance. Il donne aux paysan·nes accès à un marché (les bénéficiaires d’une caisse de Sécurité sociale de l’alimentation) en échanges de conditions (sociales, économiques, environnementales) négociées entre les deux parties. À Cadenet comme dans d’autres caisses où se préfigure la SSA, le dialogue prend du temps mais il est fructueux (voir le dossier n° 506 de TRI). Plus classiquement, le PNR des Alpilles gère une marque de qualité qui met en valeur les productions locales en échange du respect de conditions environnementales. Le parc s’attache également à la protection des terres contre la pression très forte qu’exerce dans la région la construction de logements.
Dans tous ces exemples, il s’agit d’un donnant-donnant qui satisfait les deux parties. Mais que se passe-t-il quand les citoyen·nes souhaitent protéger les terres aux dépens des besoins économiques des agriculteur·ices ? Nombre d’entre elles et eux, dans cette région très touristique et urbanisée, assurent mieux leur retraite en vendant leurs terres pour la construction qu’en les cultivant. Dans les commissions de la Safer, Terre de liens se heurte souvent aussi aux volontés d’agrandissement des fermes et sa présence, ainsi que celle de France Nature Environnement, est régulièrement remise en cause. Le monde agricole se demande ce que viennent faire des citoyen·nes dans des instances professionnelles. Clément donne aussi l’exemple d’un conflit qui oppose un maraîcher en bio de la Crau à ses voisins utilisateurs de glyphosate qui, en contaminant l’eau des canaux d’irrigation, pourraient lui faire perdre sa certification. Les amapien·nes de Salon-de-Provence et de Marseille ont créé en soutien un collectif « Zéro phyto dans nos canaux ». La santé est un bon levier pour mobiliser les citoyen·nes mais cette mobilisation ne règle pas le conflit. Elle lui fait seulement prendre une dimension plus politique, qui obligerait les deux parties à s’accorder une reconnaissance réciproque et à inventer des compromis. Cette gestion des intérêts divergents est tout le sens de la démocratie.
Aude Vidal
Autrice de cet article...
Accueil Paysan est un réseau associatif, les adhérent·es se mobilisent pour écrire les articles de la rubrique actus. Ainsi, cet article a été rédigé par...
Aude Vidal, chargée de coordination et de communication du Pôle InPACT.
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